Samedi 05 Juillet
17:26
Recherche

Portail Euro-Africain de libre expression et d'infos en temps réel




Grâce à ma mère qui vendait des cacahuètes, mon voyage a été financé

Il est rentré à pied au Soudan en 1962 pour se retrouver en 1968 au Caire. Sans papiers ni ressources, Abdelmountaleb s'est battu pour étudier. Universitaire, il a obtenu un diplôme d'officier de police de l'académie de police du Caire. En 1983, il décide de rentrer au Tchad pour travailler. Malheureusement, il est arrêté à la frontière, précisément à Adré, par la police politique du régime de Habré, la DDS. Accusé de vouloir comploter contre le régime, il est humilié, torturé. Ses diplômes ont été détruits sous ses yeux. Grâce à Abdallah Toryo il a été sauvé. Abdelmountaleb raconte son parcours, du village à l'académie de police.



Grâce à ma mère qui vendait des cacahuètes, mon voyage a été financé
 
Dabio: Pouvez-vous vous présenter ?
Abdelmountaleb: je suis tchadien de l'ethnie Massalit. J'ai quitté très jeune le Tchad. De Magrane (Am-Dam), mon village natal, je suis rentré à Eljeneina (Soudan) en 1962. Mon but était d'aller étudier à l'université d'Al-Azhar.  Certes, j'ai étudié jusqu'en deuxième année universitaire puis j'ai basculé dans l'académie de police du Caire. Je vis en Egypte avec mon épouse et je travaille comme chargé de sécurité dans la société d'une femme d'affaire saoudienne.
 
Dabio: Peut-on se tutoyer?
Abdelmountaleb: Bien sûr que oui. Nous nous connaissons bien. Ton père, que son âme repose en paix, était mon ami.
 
Dabio : Quel était ton niveau d'études à cette époque ?
Abdelmountaleb : Aucun niveau à part le coran que je récitais par cœur.
 
Dabio : comment es-tu arrivé au Soudan ?
Abdelmountaleb : Je suis arrivé au Soudan à pied.
 
Dabio : Peux-tu me dire comment tu as eu l'idée d'aller étudier à Al-Azhar ?
Abdelmountaleb : L'objectif initial n'était pas d'aller au delà du Soudan puisque je n'avais aucune connaissance en géographie. Etant villageois,  je ne savais pas où se trouvait Al-Azhar (…) peut être quelque part au Soudan ! Nous avançons sans programme, sans projet sans aucune vision de ce que nous allons ou nous pouvons faire le lendemain. Le projet a été mûri quand j'ai rencontré un étudiant d'Al-Azhar, venu passer ses vacances au Soudan. Il s'appelle Dr. Abdallah Mahamat Adam 1. Cette rencontre a déclenché en nous un désir ardent d'aller étudier à Al-Azhar.  De Khartoum, nous nous sommes constitués en groupe pour les préparatifs de voyage vers l'Egypte. Nous étions dix huit (2 Erythréens, 2 Tchadiens, 14 Ethiopiens, dont deux passeurs). Ensemble, nous avons quitté Khartoum pour nous rendre à Halfa, en juillet 1968. Après trois jours de marche, nous sommes arrivés à Abou-Simbil. Pour la traversée du Nil, il a fallu que chacun de nous verse la  somme d'une livre soudanaise. Nous avons passé plus de 10 heures dans le Nil pour arriver en vue des côtes de l'Ouest, d'où nous avons fait 300 km à pied. 

Grâce à ma mère qui vendait des cacahuètes, mon voyage a été financé
Dabio : Qui est le deuxième Tchadien ? Est-il du même village que toi ?
Abdelmountaleb :  Non, il n'était pas du même village que moi, ni de la même ethnie ni même de la même région. Il s'appelle Ousman Abou-Afane. J'ai fait sa connaissance à Khartoum et nous avons lié une amitié qui dure jusqu'à présent. A Khartoum Abou-Afane travaillait dans un magasin appartenant à des Indiens. Il a fini ses études et travaille en ce moment au Tchad. C'est un homme très courageux.
 
Dabio : Quel type de document de voyage avais-tu ?
Abdelmountaleb : (rire) Aucun de nous n'avait un document qui prouve son identité. On ne savait même pas ce que c'est.
 
Dabio : Vous n'avez pas été repérés par les autorités policières ?
 Abdelmountaleb : Nous avons été très vigilants durant notre parcours. Le moindre bruit suspect on se couchait par terre pour éviter une patrouille ou tout autre danger.
 
Dabio : Je te laisse poursuivre pour expliquer comment êtes vous arrivés à Aswane ?
 Abdelmountaleb : De Abousimbil, nous sommes arrivés d'abord à AlmousTamara, à environ une cinquantaine de km de Aswane. C'était aussi à pied. A partir d'Aswane, nous avons emprunté les camions russes qui transportaient des ouvriers. C'était l'époque où les Russes travaillaient dans le projet de « Alsad-Al-Ali ». D'Aswane, nous avons pris le train pour nous rendre au Caire.
 
Dabio : Quelle était votre impression une fois arrivés au Caire ?
 Abdelmountaleb : Notre souci n'était pas d'arriver au Caire mais à Al-azhar. De la gare du Caire, nous nous sommes engouffrés dans des taxis pour nous rendre au foyer universitaire d'Al-azhar mais la surprise était totale lorsqu'on nous a refusé l'accès.
 
Dabio : comment ont-ils refusé l'accès et qu'est ce que vous avez fait ?
 Abdelmountaleb : Le foyer d'Al-Azhar a refusé de nous accueillir mais nous a conseillé d'aller au  siège de l'association panafricaine où nous avons été très bien accueillis. L'association panafricaine était, à l'époque du président égyptien Abdelnasser, une structure très puissante.  Avec un mot de l'association, le foyer nous a ouvert la porte.

Grâce à ma mère qui vendait des cacahuètes, mon voyage a été financé
Dabio : L'inscription, les documents, le logement, la régulation de votre séjour…Comment avez vous résolu tout cela ?
 Abdelmountaleb : Pour être franc, j'étais d'abord sans papier et logé illégalement dans la chambre de Zakaria Yacoub2, que son âme repose en paix. Il m'a hébergé pendant deux semaines avant de régulariser ma situation et d'obtenir une chambre.
 
Dabio : Pourtant, tu venais de dire que tu a été accueilli au foyer sur la base d'une note de l'association panafricaine ?
 Abdelmountaleb : Je dis bien que la porte du foyer nous a été ouverte grâce à la note de l'association, mais il a fallu deux semaines pour que le foyer nous attribue des chambres.
 
Dabio : Dis-moi comment as-tu régularisé ta situation étant donné que tu ne détenais aucun papier qui prouve ta nationalité ?
Abdelmountaleb : C'était pas difficile puisque chaque pays a un représentant qu'on appelle Cheikh. Pour le Tchad, le Cheikh était Aboubakar Abdelhakim. Il était du Ouaddaï. Je l'ai rencontré trois jours après mon arrivée. Au travers quelques questions qu'il m'a posées, il a tranché mon sort.
 
Dabio : C'était un interrogatoire ?
Abdelmountaleb : Non, pas du tout. C'étaient des questions sur ma tribu, mon lieu de naissance, ma famille, mon village …Des questions sensées prouver ma nationalité. Convaincu de ma nationalité, il m'a demandé de remplir une fiche. Le lendemain, j'ai été convoqué par le service secret égyptien pour complément d'enquête. Après étude du dossier, le titre de séjour m'a été accordé. Je me suis inscrit et j'ai eu ma chambre au foyer.
 
Dabio : Peux tu nous expliquer comment tu es inscrit alors que tu n'as jamais fréquenté  l'école ?
Abdelmountaleb : Si, si, j'ai appris  le coran puis, quand je suis arrivé au Soudan, j'ai fréquenté l'école. D'abord à Eljeneina en 1965, puis à Khartoum. C'était dans une école d'alphabétisation créée par Mr. Hassan Ahmat Moussa 3, le président du Front de libération du Tchad, le FLT.
 
Dabio : Une école créée par le leader du FLT ?
Abdelmountaleb : Oui, c'est Ahmat Hassan Moussa qui l'a créée à Oumdourmane dans le quartier Arda. Il conseillait à la jeunesse d'aller étudier.
 
Dabio : Si je comprends bien, avant d'arriver en Egypte tu as passé plus de cinq ans au Soudan durant lesquels tu as travaillé et intégré quelques notions scolaires.
 Abdelmountaleb : D'abord, il faut reconnaître que la notion du temps n'avait pas de valeur à l'époque. Je suis resté au Soudan cinq ans de 1962 à 1968, avant d'arriver au Caire.
 
Dabio: Comment as-tu financé ton voyage ?
Abdelmountaleb: Mon voyage a été financé grâce à ma mère qui vendait des cacahuètes,. Quand je suis arrivé à Khartoum, j'ai écrit à ma mère pour lui demander de m'envoyer un peu d'argent. Elle m'a envoyé 25.000 FCFA, une somme importante à l'époque.


 
Dabio : Au moment où le pays a besoin de toi dans le domaine de la sécurité, n'est ce pas un gâchis de se perdre à l'étranger ?
 Abdelmountaleb : A suivre........


www.dabio.net

Lundi 14 Avril 2008 - 00:12
Lu 754 fois

Scoopeo Fuzz Nououz Reddit Y! Wists Blinkbits Technorati Wikio Facebook Google


Accueil Accueil    Envoyer à un ami Envoyer à un ami    Version imprimable Version imprimable



Dans la même rubrique :

|1| >>



Dans nos blogs

EditoWeb Sénégal: les Publi-Reportages

Mondial Business (MoBus) Sénégal correspondant...

12/06/2008

Fidel Moungar opposant déterminé et non violent

La Diaspora Tchadienne connait bien Fidel...

02/06/2008



News APA









Inscription à la newsletter
 

S'identifier/S'inscrire

Les News

Sondage
Le monde se dirige t-il vers une révoluton de la faim?

L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      

Afrique sur Blog Search


Infos Editoweb