Dabio : L'inscription, les documents, le logement, la régulation de votre séjour…Comment avez vous résolu tout cela ?
Abdelmountaleb : Pour être franc, j'étais d'abord sans papier et logé illégalement dans la chambre de Zakaria Yacoub2, que son âme repose en paix. Il m'a hébergé pendant deux semaines avant de régulariser ma situation et d'obtenir une chambre.
Dabio : Pourtant, tu venais de dire que tu a été accueilli au foyer sur la base d'une note de l'association panafricaine ?
Abdelmountaleb : Je dis bien que la porte du foyer nous a été ouverte grâce à la note de l'association, mais il a fallu deux semaines pour que le foyer nous attribue des chambres.
Dabio : Dis-moi comment as-tu régularisé ta situation étant donné que tu ne détenais aucun papier qui prouve ta nationalité ?
Abdelmountaleb : C'était pas difficile puisque chaque pays a un représentant qu'on appelle Cheikh. Pour le Tchad, le Cheikh était Aboubakar Abdelhakim. Il était du Ouaddaï. Je l'ai rencontré trois jours après mon arrivée. Au travers quelques questions qu'il m'a posées, il a tranché mon sort.
Dabio : C'était un interrogatoire ?
Abdelmountaleb : Non, pas du tout. C'étaient des questions sur ma tribu, mon lieu de naissance, ma famille, mon village …Des questions sensées prouver ma nationalité. Convaincu de ma nationalité, il m'a demandé de remplir une fiche. Le lendemain, j'ai été convoqué par le service secret égyptien pour complément d'enquête. Après étude du dossier, le titre de séjour m'a été accordé. Je me suis inscrit et j'ai eu ma chambre au foyer.
Dabio : Peux tu nous expliquer comment tu es inscrit alors que tu n'as jamais fréquenté l'école ?
Abdelmountaleb : Si, si, j'ai appris le coran puis, quand je suis arrivé au Soudan, j'ai fréquenté l'école. D'abord à Eljeneina en 1965, puis à Khartoum. C'était dans une école d'alphabétisation créée par Mr. Hassan Ahmat Moussa 3, le président du Front de libération du Tchad, le FLT.
Dabio : Une école créée par le leader du FLT ?
Abdelmountaleb : Oui, c'est Ahmat Hassan Moussa qui l'a créée à Oumdourmane dans le quartier Arda. Il conseillait à la jeunesse d'aller étudier.
Dabio : Si je comprends bien, avant d'arriver en Egypte tu as passé plus de cinq ans au Soudan durant lesquels tu as travaillé et intégré quelques notions scolaires.
Abdelmountaleb : D'abord, il faut reconnaître que la notion du temps n'avait pas de valeur à l'époque. Je suis resté au Soudan cinq ans de 1962 à 1968, avant d'arriver au Caire.
Dabio: Comment as-tu financé ton voyage ?
Abdelmountaleb: Mon voyage a été financé grâce à ma mère qui vendait des cacahuètes,. Quand je suis arrivé à Khartoum, j'ai écrit à ma mère pour lui demander de m'envoyer un peu d'argent. Elle m'a envoyé 25.000 FCFA, une somme importante à l'époque.