Comment décririez-vous la participation du Rwanda au NEPAD?
Le Rwanda se trouve au centre des questions du NEPAD depuis sa création. Dès l'approbation de l'initiative au Sommet des Chefs d'État et de Gouvernement de l'UA comme programme économique de l'UA en 2003, le Rwanda était un des pays choisis au Comité de mise en œuvre et au Comité de Pilotage du NEPAD. Cette participation, et il y en a eu d'autres, a aidé le Rwanda à dominer bien le processus de mise en œuvre des programmes du NEPAD.
Le Rwanda a un Secrétariat du NEPAD. Comment a-t-il réalisé ses objectifs?
La création du Secrétariat a eu lieu suite à l'engagement du Président Paul Kagame qui voulait voir développer le NEPAD au Rwanda et renforcer son appropriation au plan national. C'est ainsi que nous avons créé un Secrétariat au sein du Bureau du Président. Quoiqu'il soit convenu ou approuvé au plan continental ou régional, nous assurons que ceci soit adopté par notre programme national.
Les programmes du NEPAD sont conçus pour aborder les questions de gouvernance, la lutte contre la pauvreté, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et pour encourager l'intégration régionale. En effet, le Rwanda a été un artisan de la paix pour mettre en œuvre ces priorités. Le projet de démonstration des e-Écoles a été lancé en 2006 et nous étions les premiers avec six e-Écoles. Nous avons coordonné le projet d'infrastructure à large bande du NEPAD qui a mené à l'adhésion au Protocole de Kigali des Ministères en TIC en Afrique orientale et australe. Il y en a d'autres comme le Programme intégré pour le développement de l'agriculture en Afrique. Visitez notre site web au
www.nepad.gov.rw. Ceci vous ouvrira de nouvelles perspectives sur la manière dont le NEPAD a réalisé ses objectifs principaux.
Comment le NEPAD a-t-il aidé le Rwanda à réaliser les OMD?
Pour le Rwanda. Il est important de moderniser le secteur agricole non seulement pour réaliser les OMD, mais aussi pour réaliser les objectifs de la Stratégie pour le développement économique et la réduction de la pauvreté (SDERP) et ceux de la Vision 2020. Le Programme intégré pour le développement de l'agriculture en Afrique du NEPAD est donc venu au bon moment pour le Rwanda où il a joué un rôle clé. Au fait, le Rwanda est le seul pays jusqu'à présent ayant mis en œuvre le processus du PIDAA en ayant organisé une Table Ronde du PIDAA. Le Compact du PIDAA y est donc en place. L'ajout important du PIDAA au programme de développement agricole au Rwanda voulait dire que les stratégies, politiques, programmes et priorités agricoles ont été revus pour pouvoir réaliser les objectifs de pauvreté, les objectifs fixés dans la Vision 2020 et les OMD. Ce processus rigoureux a demandé la participation d'experts hautement techniques tels que ceux de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IIRPA) de la Banque mondiale.
La mise en place d'une infrastructure solide en TIC est une des priorités du NEPAD. Comment avez-vous pu la réaliser?
Il y a de bons programmes en TIC. Nous avons déjà en place six e-Écoles de démonstration du NEPAD au Rwanda et ce qui est plus important c'est que le Rwanda s'est activement associé avec d'autres pays et le secteur privé pour mettre en œuvre le projet de câble sous-marin EASSy du NEPAD. EASSy n'a pas vraiment été facile mais tout porte à croire que le câble sera opérationnel d'ici 2010.
Quel a été le rôle du NEPAD dans l'accélération du commerce entre les pays d'Afrique et aussi dans l'accès aux marchés des nations développées?
Tout d'abord, pour faire du commerce il faut aborder les questions d'infrastructure, gouvernance, paix et sécurité sur le continent. Par le biais de la mise en œuvre d'un plan d'infrastructure transfrontaliè
re régionale et d'autres programmes, le NEPAD aborde systématiquement les questions qui permettraient aux pays d'Afrique de réaliser les premiers facteurs clés habilitants.
À travers des mécanismes tels que le Forum pour le partenariat avec l'Afrique du NEPAD (FPA) permettant aux pays d'Afrique de communiquer avec le G8 pour qu'il y ait un engagement mutuel, nous voyons désormais la création de nouvelles dispositions pour faciliter la mise en œuvre de l'infrastructure transfrontaliè
re régional et d'autres programmes.
Nous avons un Secrétariat permanent à la Banque africaine pour le développement (BAD) pour le Consortium des investissements pour l'Afrique. Ce Secrétariat coordonne les facilités telles que le NEPAD-IPPF (Facilité de préparation du projet pour les infrastructures) et la Facilité consultative publique/privé
e de l'infrastructure qui traite les questions d'infrastructure en aval. Ayant ceci en place, il est désormais possible de parler d'une intégration régionale importante et d'investir ensemble pour faire des affaires ensemble.
Le NEPAD soutient aussi ce qu'on appelle une méthodologie pour les Programmes de développement spatial (SDP) des corridors de développement dont l'objectif est d'identifier un ou plusieurs grand(s) projet(s) d'investissement économique qui justifie(nt) le développement de l'infrastructure. Il s'agit ici d'initiatives extrêmement passionnantes modelées sur les réussites du Corridor de Maputo.
Vous avez parlé de la méthodologie de l'Initiative du Développement Spatial du NEPAD. Comment est-ce qu'elle aidera à libérer le potentiel d'investissement au sein du corridor central?
La méthodologie de l'Initiative du Développement Spatial (IDS) se présente comme une approche stratégique importante pour aborder l'investissement dans l'infrastructure transfrontaliè
re dont nous avons besoin pour relier les marchés et les pays d'Afrique et pour promouvoir l'intégration régionale. Je suis content de pouvoir dire que le Rwanda et la Tanzanie se font les champions d'un programme IDS en Afrique de l'est.
ll existe d'autres corridors de développement dans d'autres régions d'Afrique mais permettez-moi de vous en dire plus sur notre corridor central où les projets de minéraux nickel ont apparu comme un point d'ancrage important. Ce que je peux appeler la ceinture de nickel s'étend de la région de Kabanga en Tanzanie jusqu'à Muremera, Musongati, Nyabikere et Waga au Burundi, avec des variétés de sulfure et de latérite dont il y a des gisements de plus de 180 millions de tonnes.
Les mines nécessitent une infrastructure adéquate et efficace, surtout le transport et l'énergie pour faciliter la production et assurer son transport ainsi que les intrants /approvisionnements des mines et production de concentrées volumineuses. Une infrastructure planifiée est un élément critique du grand investissement envisagé et de la création des mines. L'infrastructure est principalement composée du chemin de fer Isaka–Kigali et Musongati-Burundi, de la génération d'électricité et de la transmission de projets, y compris les Chutes Rusumo et les projets de méthane du Lac Kivu. On envisage un minimum de plus d'un million de tonnes et demie par an et l'électricité de 80–140 MW. La possibilité d'un haut fourneau et/ou la production d'acier inoxydable dans la région offre des possibilités de croissance économique importante aux pays.
Pouvez-vous décrire un projet qui bénéficie le Rwanda?
Je voudrais commencer par le développement du réseau de chemin de fer pour relier Isaka à Kigali. Le Rwanda perd $116 millions par an à cause du système de transport routier inefficace. Avec le chemin de fer, l'économie pourra gagner au moins $116 millions par an ce qui fait que le projet même est commercialement viable pour le Rwanda.
Si on parle du point d'ancrage du nickel, nous aurons besoin de plus de 140 MW d'énergie venant de Rusomo et d'autres installations hydroélectriques ainsi que de méthane du Lac Kivu. Nous devons investir de manière stratégique dans le secteur de l'énergie parce qu'il y a un marché qui attend cette énergie. Nous conditionnons encore la présentation commerciale du corridor pour inclure l'agriculture, l'exploitation minière et le tourisme.
Comment le NEPAD a-t-il réalisé des niveaux plus élevés en ce qui concerne les économies sur le marché intérieur ainsi que les investissements étrangers directs (IED) au Rwanda et en Afrique en général?
La question d'économies sur le marché intérieur est certainement liée aux gens qui s'enrichissent. Avant de pouvoir parler d'économies, il est important de créer des emplois et donc du revenu. Le revenu vient de la création d'emplois, et les emplois viennent des investissements. Les facilités, et donc la méthodologie IDS dont je viens de parler doivent se mettre en place pour libérer le potentiel économique et pour faire de l'Afrique une destination plus attrayante aux investisseurs.
Obtenir la paix et la sécurité sur le continent est une des priorités du NEPAD. Comment est-ce que le NEPAD aide à réduire les conflits, les guerres et le problème d'apatridie, de réfugiés et de personnes déplacées internes en Afrique?
Le NEPAD est un programme de développement de l'UA et a causé une révolution au sein de l'UA en ce qui concerne son efficacité. L'approche de l'UA pour aborder les questions de conflits et démocratie sur le continent a complètement changé. Le Rwanda seul a participé efficacement aux missions de maintien de la paix. On peut aussi attribuer au NEPAD le rythme du renforcement des questions de gouvernance dans les pays d'Afrique, telles qu'en RDC et au Togo. Il est aussi possible de voir le type d'interventions faite en Côte d'Ivoire menées par le Président Thabo Mbeki. Généralement, il est possible de ressentir un sens de démocratie, attribuable globalement au NEPAD en tant que programme.
Êtes-vous satisfait de la manière dont les autres pays d'Afrique participent aux initiatives du NEPAD?
Oui, bien sûr, mais il reste beaucoup à faire. Dans cinq ans, nous devons faire plus de ce que nous avons réalisé jusqu'à présent. En général, je dirais que les pays commencent à participer mais nous devons faire plus.
Certaines personnes ne croient pas trop à la réussite du NEPAD. Qu'en pensez-vous?
Au tout début, les gens étaient pessimistes et se précipitaient pour dire que rien ne se passait, mais en ce qui me concerne, je pense que le NEPAD est prometteur. De nombreuses facilités ont été mises en place pour réaliser le NEPAD; la participation du Forum pour le partenariat avec l'Afrique et du G8 aux questions du NEPAD a entraîné la création du Consortium des Investissements pour l'Afrique au sein de la BAD, du Fonds Catalyseur de Croissance pour l'Afrique et de la Facilité d'investissement pour le climat en Afrique mener par l'ancien Président Mkapa de la Tanzanie. Les corridors de développement des IDS et leurs points d'ancrage économiques respectifs qui se répandent dans toutes les régions sont le point de départ pour la croissance du développement d'infrastructure. Il faut du temps pour résoudre les problèmes et investissements transfrontaliers mais je pense que nous sommes sur le bon chemin ce qui me donne toutes les raisons d'être optimiste quant au NEPAD.
Êtes-vous satisfait du soutien que reçoit le NEPAD des gouvernements d'Afrique et des partenaires au développement?
Oh oui. Je vous donne l'exemple du type d'engagement avec le G8 sous le FPA, du type d'engagements et de facilités mis en place par la Banque mondiale, des institutions africaines telles que la Banque de développement de l'Afrique australe (BDAA) et des institutions de recherche africaines. Nous voyons maintenant que la Société Financière Internationale (IFC) de la Banque mondiale s'engage sérieusement sur le continent en appuyant le secteur privé en Afrique.
Dans quelle mesure le secteur privé est-il impliqué à la mise en œuvre des programmes du NEPAD?
Le secteur privé est un participant actif. Par exemple, la démonstration des e-Écoles du NEPAD a été exécutée dans l'ensemble par le secteur privé. La Table ronde des hommes d'affaires d'Afrique du NEPAD est exclusivement entreprise par le secteur privé. Non seulement le secteur privé mais aussi la société civile et les ONG participent à tous les forums du NEPAD.
Pour de plus amples renseignements, contactez:
Phillip Karenzi
Secrétariat du NEPAD au Rwanda
Tél: +250 08307217
Email: phillip.karenzi@nepadrwanda.gov.rw