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Sale temps pour les dictateurs

de gré ou de force, tous les régimes africains ou presque organisent des élections. Nous n’en sommes plus à l’époque des généraux putschistes, voire des empereurs. Que ces élections soient souvent de pure façade, c’est bien évident.



Il ne faut pas désespérer de l'Afrique. Le Darfour, la guerre au Tchad, la ruine du Zimbabwe ou encore le sida au Botswana ne sont qu'une partie de la réalité du continent. Il existe bien autre chose sur cette terre de près de 1 milliard d'habitants. Voilà un an, Courrier international publiait un dossier sur "L'Afrique qui marche", mettant en avant les pays et les groupes sociaux qui bougent, qui entreprennent et qui ne se laissent pas abattre. Cette semaine, nous pointons une autre tendance positive, même si elle reste fragile : l'éveil, du nord au sud du continent, d'une société civile et l'avancée de la démocratisation qui va de pair.
Premier constat : de gré ou de force, tous les régimes africains ou presque organisent des élections. Nous n'en sommes plus à l'époque des généraux putschistes, voire des empereurs. Que ces élections soient souvent de pure façade, c'est bien évident. Mais nombre de pays connaissent désormais de vraies alternances entre des formations qui ne coïncident plus – ou plus tout à fait – avec les ethnies et les clans.
Les problèmes ont d'ailleurs commencé, au Zimbabwe, avec un scrutin en l'an 2000 : il s'agissait alors d'un référendum sur la Constitution, que Robert Mugabe a perdu. Cette année, Mugabe ne peut de nouveau cacher ses défaites. En fait, il semble qu'il y ait eu un marché entre Thabo Mbeki, le président de l'Afrique du Sud, et le vieux chef zimbabwéen : tu acceptes le résultat des législatives du 29 mars, qui ont marqué une large victoire de l'opposition, et nous nous fermons les yeux sur la présidentielle qui doit suivre…
Mais le scénario s'est grippé. Tout un pan de la société zimbabwéenne s'est organisé. Et des groupes sud-africains ont empêché, de leur côté, les livraisons d'armes chinoises à Mugabe… Comme le dit dans nos pages l'intellectuel camerounais Achille Mbembe, si la France et les autres puissances occidentales ont leur part de responsabilité dans la situation souvent difficile des pays du continent, ce sera aux Africains eux-mêmes de conquérir leurs droits de citoyens. A commencer par le droit de voter pour les dirigeants qu'ils souhaitent.
Philippe Thureau-Dangin
courrier international

Mercredi 25 Juin 2008 - 14:40
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